Tout commence par une vocation d’enfant.
En 6ᵉ, alors que d’autres rêvaient d’un ballon de foot ou d’un uniforme, je savait déjà : je serais cuisinier.
Longtemps, j’ai cru être le seul de la famille à avoir choisi cette voie.
Certes, on m’avait vaguement parlé d’un restaurant qui aurait appartenu à un membre éloigné… mais sans jamais en savoir plus.
Et puis, à 44 ans, au détour d’une recherche sur mes origines familiales, j’ai retrouvé en Italie un manuscrit. C’est là que tout s’est éclairé.
Au début des années 1900, Jacques Mafféis ,mon arrière-arrière-grand-père quitte Orezzo, un petit village au nord de l’Italie, dans la province de Bergame.
Il débarque à Cernay-la-Ville, près de la forêt de Rambouillet (78) ,le lieu même de mon enfance.
Avec ses cousins et amis italiens, il y exploite le grès pour construire les routes.
En 1921, avec son épouse Victorine, il change de vie et ouvre un restaurant. Quarante-deux ans plus tard, l’établissement « Le restaurant Mafféis » repris par leur fille Jacqueline, qui le rebaptise L’Auberge du Dahu.
Ma grand-mère Micheline, petite-fille de Victorine et nièce de Jacqueline, y travaille à son tour, entre le service et la cuisine.
Trois générations de femmes s’y sont succédé, sans que je ne le sache.
Aujourd’hui, je repense souvent à la phrase maladroite de mon grand-père, déçu à l’époque de me voir choisir “un métier de femme”.
Je n’ai compris que plus tard que, derrière ses mots, se cachait la fierté d’un homme qui voyait son petit-fils perpétuer une flamme familiale.
Il m’aura fallu du temps pour comprendre que cette passion ne venait pas de nulle part.
Elle m’a été transmise, comme un ingrédient invisible, par mes aïeux.
Et depuis 28 ans, elle ne m’a jamais quitté.